Après les fêtes, détox ou pas détox ?

RÉGIME. Après deux réveillons et des kilos de chocolat ingurgités, une pause s’impose. Mais les spécialistes divergent sur l’ampleur de la diète à commencer aujourd’hui.

Àl’italienne, au jus de citron, au smoothie kiwi-concombre, à la tisane de thym… le terme détox est employé à toutes les sauces (allégées). Avec les repas de fin d’année, nous avons pris en moyenne 1,3 kg et, selon le quotidien britannique « The Guardian », nous ne les perdons pas totalement : en mars, nous sommes plus lourds qu’en septembre de l’année précédente. Alors, après avoir fait bombance, faut-il s’adonner à cette « libération des toxines » du corps en jeûnant ou en consommant très peu d’aliments solides ? Pour certains médecins et diététiciens, c’est un non-sens total. Pour d’autres, elle a, au contraire, de nombreuses vertus.

Tous les spécialistes se rejoignent sur un point : après des périodes riches, le retour à une alimentation équilibrée ne suffit pas. Encore faut-il l’assortir d’un peu d’exercice physique, même si ce n’est « que » de la marche. Dont, si possible, au moins six minutes de marche rapide, qui redonne le tonus et l’énergie dont nous aurons besoin tout au long de la nouvelle année.

 

Détox ou pas détox ?

 

OUI, pour le docteur Pierre Azam

MÉDECIN NUTRITIONNISTE PRÉSIDENT DE L’OBSERVATOIRE DE L’OBÉSITÉ

 

 

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Vous prônez le régime détox. Cela veut-il dire que nous nous sommes « intoxiqués » en mangeant durant les fêtes ?
Pierre Azam. Non, mais nous avons fait des excès mal tolérés par notre organisme. Nous avons tous un rythme alimentaire courant, accepté par notre foie. En période de fêtes, on surcharge le niveau en calories, graisses, sucres. On fait trop augmenter nos taux de triglycérides (NDLR : corps gras), ce qui peut entraîner des ballonnements, des troubles digestifs, de la somnolence ou au contraire des difficultés à trouver le sommeil.

Comment lutter ?
En faisant baisser la saturation de notre organisme en lipides. Pour cela, la détox est une attitude saine et naturelle. Les chats la pratiquent. Quand ils ont trop mangé, ils se mettent à l’herbe le temps de se libérer de leur charge. Il y a une nécessité de rompre le rythme, comme on rompt le jeûne en faisant des excès de table !

Après ce réveillon, il faudrait donc aller jusqu’à pratiquer le jeûne ?
Il est certes brutal mais nous avons besoin d’une rupture nette. Inutile, cela dit, de stopper toute alimentation. On peut épurer le système en buvant des bouillons, des soupes légumières.

Combien de temps ?
Pour certains une seule journée suffit, pour d’autres deux ou trois jours peuvent être nécessaires pour éliminer les toxines. Il ne faut pas aller au-delà. Chacun sent ce qu’il peut tolérer. Et ce n’est bien sûr pas une obligation.

Ne risquons-nous pas de nous affamer ?
Le corps a la capacité de faire des réserves. Passer du foie gras au bouillon de courgette ne comporte pas de risque. Il faut cibler les légumes racines comme le radis ou le céleri et les légumes verts, riches en fibres, pauvres en calories.

Peut-on s’accorder un verre de vin ?
La rupture ne doit pas être qu’alimentaire. Faire une détox sans stopper l’alcool, qui a un impact sur la surcharge hépatique, serait un non-sens total. Profitons-en pour repartir sur de bonnes bases.

C’est-à-dire à notre alimentation telle qu’elle était avant Noël ?
Ou encore mieux ! Les bonnes résolutions peuvent aussi être dans l’assiette. On peut remettre les compteurs à zéro en essayant de manger mieux, plus équilibré, moins gras.

 

Son bouillon pour voir la vie en vert

Rien de mieux après les fêtes que de la tisane, du thé (non sucré), de la soupe ou du bouillon selon le docteur Pierre Azam. « Vert », bien sûr, le bouillon, reprend-il, car les légumes sont ceux qui contiennent le plus de liquide et le plus de sels minéraux. Sa recette idéale pour aujourd’hui ? Un bouillon de courgettes, poireaux, cresson et l’invité non vert : le navet. « Il ne faut pas le saler et il faut faire cuire les légumes le plus al dente possible. Il est très important de ne pas les faire bouillir car moins ils sont cuits, plus leurs vitamines et leur utilité sont conservées. »

 

 

 

NON, pour Nathalie Negro

DIÉTÉTICIENNE RESPONSABLE NUTRITION AUX THERMES DE BRIDES-LES-BAINS

 

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Foie gras, sauce aux champignons, bûche… Nous avons été radicaux avec notre corps. Pourquoi être plus clément avec lui quand il s’agit de faire un régime ?
Nathalie Negro. Tout simplement car le fait d’avoir mangé en grande quantité a provoqué une dilatation de l’estomac. Lui dont la capacité moyenne est de 1 litre s’est distendu pour accueillir 2 à 2,5 litres ! Passer de tout à rien ne sert pas à grand-chose si ce n’est à créer une faim prononcée… qui incitera à faire des grignotages.

Mais il faut bien trouver un moyen de calmer notre estomac…
Oui, mais le terme détox, très à la mode, ne veut rien dire. Passer trois jours à boire du bouillon ne va pas épurer notre corps. Il faut juste contrebalancer nos excès.

De quelle manière ?
Durant les fêtes, nous consommons trop de sel, trop de protéines. Nous délaissons les fibres, les vitamines C et A. Il faut les réintégrer. Certains aliments nous aident : le radis noir, la tomate.

Et le jus de citron ? La plupart des régimes l’érigent en solution miracle.
Le citron est une très bonne source de vitamine C. Il facilite la réhydratation. Le reste n’est qu’imagerie mentale. Nous pensons que parce que nous nous faisons mal (NDLR : en buvant quelque chose d’acide), nous nous faisons forcément du bien. Or le citron n’est pas l’aliment miracle que l’on nous promet. Des cures de citron peuvent même entraîner des maux d’estomac.

Y a-t-il un risque à faire une détox ?
Outre les brûlures d’estomac, l’absence totale de protéines peut engendrer des carences : moins de force, moins d’énergie, affaiblissement du système immunitaire. C’est pour cela que je déconseille de supprimer la viande au lendemain des fêtes mais de plutôt en consommer en petite quantité.

Il ne faut donc pas se laisser influencer par notre balance ?
La règle est de laisser passer trois semaines avant de se peser. L’eau accumulée lors des repas trop salés aura eu le temps de s’évacuer.

Nos efforts sont-ils vains alors que la galette des Rois mangée tout le mois de janvier arrive ?
La frangipane (NDLR : crème d’amande) n’est pas très conseillée. On peut lui préférer une galette à la compote de pomme. Pour les inconditionnels, il faudra limiter le nombre de parts…

 

Son repas complet pour repartir du bon pied

En ce premier lundi post-agapes, la diététicienne Nathalie Negro vous propose de manger… de tout ! Au déjeuner, salade verte mais vinaigrette allégée, escalope de veau « pour les protéines et parce que la viande est ce qui rassasie le plus », indique-t-elle, tomates provençales, yaourt et fruit de saison. Oubliez le goûter en revanche. Le soir, vous aurez le droit de vous servir du taboulé, des épinards avec une béchamel allégée (1 cuillérée à soupe de maïzena, 250 ml de lait demi-écrémé, sel, poivre, épices), du fromage blanc à 3 % de matière grasse et des fruits.

 

 

  Le Parisien